5 Prédictions sur l'IA qui Défient les Idées Reçues : Ce que les Experts Voient pour 2026
- VMUP!
- 26 déc. 2025
- 5 min de lecture
Le bruit et l'hyperbole autour de l'Intelligence Artificielle sont constants. Chaque jour apporte son lot de gros titres, rendant difficile la distinction entre le signal et la simple agitation.
Cet article va au-delà des annonces pour distiller cinq des perspectives les plus surprenantes et marquantes partagées par les investisseurs d'Insight Partners pour l'année 2026. L'objectif est simple : vous offrir une analyse stratégique des changements fondamentaux que l'IA est en train d'opérer, loin des clichés habituels.
Article original : https://www.insightpartners.com/ideas/2026-investor-predictions/
1. Le progrès de l'IA n'est pas sur le point de plafonner, il s'accélère.
Malgré les spéculations récurrentes sur un ralentissement dû aux limites des données ou de la puissance de calcul, les faits montrent le contraire : les capacités des modèles d'IA s'améliorent à un rythme qui s'accélère.
Ce progrès n'est plus seulement le résultat d'entraînements plus massifs. Il est désormais alimenté par un changement de paradigme vers des systèmes agentiques capables de gérer des tâches complexes et longues de bout en bout. L'industrie s'approche de la résolution de « problèmes à un million d'agents » et de la mise au point de systèmes capables de réaliser une journée de travail complète de manière autonome.
Ces avancées, couplées à de nouvelles techniques comme l'apprentissage par renforcement et la multimodalité, dessinent un futur qui relevait de la science-fiction il y a à peine deux ans.
Le point le plus contre-intuitif est que l'idée d'un « plateau » des capacités de l'IA est en grande partie psychologique. Elle est alimentée par une attirance émotionnelle pour l'idée que les machines cesseront de s'améliorer, un réconfort face à une technologie qui évolue à une vitesse vertigineuse.
« Les gens sont émotionnellement attirés par l'idée que les modèles vont soudainement cesser de s'améliorer. Si les laboratoires passent quelques semaines sans une grande annonce, on voit immédiatement : 'Oh, peut-être qu'on a atteint le mur.' Mais jusqu'à présent, empiriquement, cela ne semble tout simplement pas se produire, et je ne suggérerais pas de parier avec une forte conviction que le rythme de l'amélioration s'arrêtera la semaine prochaine. » — Lonne Jaffe
2. Pour les logiciels (SaaS), être « le moins détesté » ne suffit plus.
Pendant des années, les entreprises de logiciels ont bénéficié d'avantages concurrentiels solides, notamment les coûts de changement élevés qui rendaient les clients captifs. L'IA est en train de faire voler en éclats cette certitude.
Selon l'analyse de Ryan Hinkle, il faut distinguer les « systèmes d'enregistrement » (systems of record), qui ne sont que des armoires de classement numériques, des « systèmes d'action » (systems of action), au cœur des flux de travail quotidiens. L'IA menace directement les premiers, mais démultiplie la valeur des seconds. Dans ce contexte, la fidélisation des clients n'était souvent qu'un indicateur de l'entreprise « la moins détestée » du marché. Les clients restaient par inertie. Cette mentalité est désormais un handicap majeur.
L'évolution ne se limite pas à une meilleure interface ; elle mène à ce que Praveen Akkiraju nomme le « SaaS agentique ». Ce nouveau standard transforme les logiciels statiques en systèmes intelligents et dynamiques, où des flux de travail agentiques injectent du contexte et de l'autonomie. Face à des agents IA qui facilitent la migration vers de nouveaux outils, la seule défense viable est de devenir « le plus aimé ». La satisfaction client n'est plus un indicateur secondaire, mais l'avantage concurrentiel principal.
« S'il y a un véritable avantage concurrentiel, c'est l'intelligence client — savoir ce que les gens font réellement et ce qui fonctionne vraiment, et approfondir vos liens avec les clients sur cette base... Je ne pense pas qu'il soit possible de passer trop de temps avec le client. » — Rebecca Liu-Doyle
3. Ce n'est pas la bulle Internet... mais une purge se prépare pour 2026.
Le boom actuel de l'IA est souvent comparé à la bulle Internet de la fin des années 90, mais la comparaison a ses limites. Comme le souligne John Wolff, à l'époque, on construisait des infrastructures massives qui restaient largement inutilisées. Aujourd'hui, la situation est inversée : chaque GPU qui est mis sous tension est immédiatement exploité à pleine capacité. La demande n'est pas spéculative, elle est bien réelle et insatiable.
Cependant, une nuance cruciale s'impose. Si la demande est authentique, l'afflux massif de capitaux dans l'écosystème a créé une fragilité indéniable. L'année 2026 s'annonce comme une année test, car de nombreuses startups de l'IA, fondées dans l'euphorie de 2023-2024, feront face à leurs premiers cycles de renouvellement de contrats.
C'est là que l'avertissement de Praveen Akkiraju sur la « ruée vers l'or » où l'on trouve « énormément de pyrite » (le « faux or ») prend tout son sens. C'est à ce moment que l'on verra quelles entreprises ont construit des revenus durables et une réelle valeur pour leurs clients, et lesquelles, malgré une croissance initiale explosive, pourraient devenir « non finançables » du jour au lendemain.
4. Les prochaines licornes de l'IA seront incroyablement « ennuyeuses ».
Alors que l'attention se concentre sur des catégories horizontales très médiatisées et surpeuplées, les plus grandes opportunités se trouvent ailleurs : dans des applications de niche, verticales et, franchement, « ennuyeuses ».
Le concept de « licornes ennuyeuses » désigne des entreprises qui résolvent des problèmes critiques dans des domaines comme les logiciels de flux de travail, la conformité réglementaire ou l'automatisation industrielle. Des exemples concrets illustrent déjà cette tendance : Flovision, qui optimise la production alimentaire, ou Apricot, qui automatise la documentation pour les soins à domicile.
L'analyse de Teddie Wardi explique pourquoi cela change la donne : l'IA permet aux logiciels de capter de la valeur non seulement sur le budget logiciel d'un client, mais aussi sur ses dépenses en main-d'œuvre et en services. Un marché de niche qui semblait auparavant trop petit pour être financé par le capital-risque devient soudainement une opportunité de plusieurs milliards de dollars.
La défense de ces entreprises réside dans leur expertise de domaine du dernier kilomètre. Une connaissance approfondie d'un secteur vertical est le fossé qui les protège des plateformes IA génériques. Comme le dit un expert : « Si vous construisez pour des designers, vous devez parler le langage des designers. » Cette expertise est leur avantage concurrentiel le plus durable.
« La prochaine vague de licornes sera ennuyeuse. Les logiciels de flux de travail, les outils d'infrastructure, la conformité, l'automatisation — des catégories qui ne semblent pas excitantes mais qui sont absolument critiques et capables de créer des résultats exceptionnels. » — Matt Gatto

Conclusion : Une dernière pensée pour l'avenir
L'ère de l'Intelligence Artificielle ne consiste pas simplement à adopter de nouvelles technologies. Elle nous oblige à remettre en question des hypothèses fondamentales sur la nature du progrès, la création de valeur et les qualités d'un bon leadership. Les stratégies qui ont fonctionné hier deviennent obsolètes, et la capacité à se réinventer devient la compétence la plus précieuse. Le changement n'est pas une menace, mais une opportunité pour ceux qui sont prêts à la saisir.
« C'est un moment classique de dilemme de l'innovateur, mais c'est aussi une opportunité incroyable. Les fondateurs qui gagneront seront ceux qui sont prêts à repenser leur propre entreprise, à se débarrasser de ce qui ne leur sert plus, et à reconstruire pour le monde qui vient. Si vous embrassez cette réinvention, vous ne survivez pas seulement au changement, vous le menez. » — John Wolff


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